Sébastien Layral interview de Julie PerinSébastien Layral interview de Julie PerinSébastien Layral interview de Julie Perin

« Je ne suis pas peintre » me dit Sébastien Layral.

Ok alors ! Ni peintre ni performeur ni vidéaste. Cet artiste se situe juste à a frontière de ces médiums.
Personnage imposant, physique et philosophique, l’artiste Sébastien Layral a les pieds ancrés dans la terre, tel un arbre robuste.

Il prend et donne à voir des espaces.

Espace intime de ces Autres qu’il figure, espace physique de ces œuvres qui pour la plupart sont monumentales et souvent présentées dans des lieux imposants dans leurs caractéristiques architecturales.

Artiste pluridisciplinaire, conceptuel, au propos social, politique et humaniste, il est dans son œuvre l’outil du figuré.

Malgré la monumentalité de son travail Sébastien Layral ne donne pas dans le spectaculaire voire aujourd’hui ce que l’on pourrait nommer le buzz. Bien au contraire son œuvre se révèle comme des strates dans différents temps de lecture. Le temps est important pour Layral mais aussi pour le public.

Il faut déjà prendre la route pour découvrir son travail et ce n’est pas souvent la porte à côté, le temps du trajet, de découvrir le bâtiment, d’entrer dans l’exposition, et dans faire le tour, le grand tour.

Discrètement il nous accueille par un simple bonjour, un peu sur la réserve malgré sa carrure, un peu à l’écart, il attend.
Des portraits pas finis, anonymes, aux visages coupés en deux sont là accrochés au mur comme des tableaux, ils sont immenses. Je dis bien « comme des tableaux » car Layral n’est pas peintre.

Ce qui me frappe dans ce que je découvre c’est le questionnement de l’artiste qui d’un coup de pinceau inachevé, convoque et interroge de façon obsessionnelle la peinture, l’idée du portrait nous devrions même dire le Figuré en mettant son corps à l’épreuve par la taille du format et en impliquant au même titre le modèle représenté qui se doit de finir l’autre moitié du tableau.
Pour être précise, ce qui est proposé au modèle, c’est de parfaire son portrait de façon libre, la moitié, le tout, à côté, le brûler, ne rien faire, c’est lui qui choisit.
Interaction, scénographie, mise en jeu du Je et du Nous, Sébastien Layral nous interroge sur nos postures ou peut être impostures.
Spectateur, modèle, acheteur, galeriste, artiste, l’art, le marché de l’art, lieux d’expositions, sont un grand puzzle que compose et décompose sans relâche l’artiste. Et c’est dans ce « Qu’est ce que l’art ? Qu’est ce qu’être artiste ou collectionneur ou galeriste ... » que Layral dans ses propositions plastiques nous questionne.
Œuvre participative, à deux mains pour la série « AVEC » des demi-portraits, citoyenne où les rôles s’inversent et où l’artiste s’efface.

Pour ma part, peintre ou pas, performeur ou pas, vidéaste ou pas, Sébastien Layral est un Faiseur et un Passeur.

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Sébastien Layral, pourquoi convoques tu la peinture dans vos œuvres ?
Je suis un gamin de la campagne, mes origines sont paysannes et ouvrières, je viens du causse. La terre y est fine, la culture aussi. Je découvre ma première œuvre contemporaine à treize ans, un certain Pierre Soulages au Musée Denys Puech. Ce même lieu institutionnel qui m’accueillera dans ces réserves pour un job d’été, puis, plus tard, pour performer en son sein. Depuis l’âge de 8 ans je me suis plongé dans le miroir de la peinture jusqu'à m’y noyer. Au dernier souffle, seul et moitié mort, je vis la peinture par dessous. La peau...l’écran qui cache et diffuse à la fois, comme la télévision, populaire, mais moins spectaculaire. Le temps y est aussi long qu’un labour à la main. Une vraie houe pour enfin, apprendre à apprendre. La figuration, la mise en forme de la figure humaine sera l’écho des hauts fonds, du sens, de l’intention de l’autre, celui que je ne suis pas et qui me défini comme entité interdépendante. Une qualité de temps, qui permet de valoriser le nous, en dehors du spectacle.

Comment réagi le modèle quand il apprend qu’il va devoir intervenir sur la toile ?
Le nommer modèle, c’est entendre déjà, qu’il a changé de statut une première fois. Passant de visiteur à modèle, il s’est déjà interrogé sur ce qu’il aurait fait s’il avait été modèle, c’est à dire : si de ce postulat, il avait été invité à devenir l’artiste. De ce fait, les personnes qui posent pour ces recherches savent pertinemment ce que va être leur mise en déséquilibre. La surprise vient souvent, pour ne pas dire toujours, au moment de voir la toile avec mon intervention, juste avant de devoir parfaire mon point de vue. Mais la joie domine de pouvoir trouver un support durable et référent d’histoire, où ils peuvent s’écrire librement, ce qui ne signifie pas que ce soit simple, compte tenu du manque d’outil et de pratique pour se faire.

L’interaction avec le public dans chacune de tes pièces est elle une nécessité pour toi ?
Je viens de la peinture, muette, émotive, noircie par la peur et la reconnaissance de cet état par l’autre. Au dernier souffle, j’ai tout investit pour être tout l’inverse de ce qui m’avait transporté sous l’échange. J’ai ainsi cherché à regagner toutes les vertus perdues pour être avec l’autre. J’ai usé du ridicule, de l’absurde, de la parole, du discours, de la raison, ou du moins de m’y essayer, d’autres outils que celui de ma chair huilée. J’ai ainsi construit un travail qui éclairait l’exercice qui consiste à dire ce que l’on a construit par la pensée, et à faire ce que l’on a dit. Je ne m’intéressais plus seulement à ce que je faisais sur ma toile, mais surtout à ce que j’allais faire avec ma toile finie. Je ne me suffirai plus de grands discours artistiques, même tendus sur châssis et vernis à souhait. J’incarnerai ces mots par des traits d’encre noire et blanche, avec une proposition populaire qui questionnera nos principes de vie en société. Ainsi recodé avec un corps apaisé par la pratique de l’aïkido, je peux directement énoncer mon intention et redonner une perceptive nouvelle à ces écrans. L’interaction ainsi rendue nécessaire et possible va faire basculer les protagonistes de l’œuvre dans un autre rôle. Je deviendrai donc autre chose, modèle, visiteur de mon propre travail, collectionneur, vendeur, assistant, diffuseur etc. tout ce qui me permet de regarder différemment mon sujet, d’en questionner à nouveau la présence, avec de nouvelles séries...

Tu dis souvent que tu t’effaces dans ton œuvre afin de laisser la place à ces Autres qu’entends-tu par là ?
C’est un oxymore. Dans mon cheminement, je ne peux me détacher du nous ou du toi. La réalité de ce que je suis n’est que la somme des vérités apportées par les différents points de vue des autres. J’ai donc besoin des autres pour m’écrire, et de fait, je suis aussi un de ces points de vue pour ceux qui se trouvent en face de moi. Si je ne peux pas m’effacer, j’ai pris pour place confortable d’accompagner l’autre en gardant une position juste, qui accompagne l’autre à être pleinement, ce qui n’a jamais pour conséquence de m’effacer, on efface pas le temps, au mieux on l’oublie pour apprendre à nouveau et sans s’abimer.

Tends-tu à la disparition de toi-même en tant qu’artiste afin de ne devenir qu’un concept ?
J’ai mis le poids sur ce que je suis et pas sur ce que j’ai à montrer. Je suis en train de faire le cheminement inverse. Je vivais en tant que peintre, celui qui utilise la peinture et dont la finalité de l’action est une toile. Je trouve que cette position est un gigantesque concept qui est mue avec la notion d’abandon d’une partie de soi, d’une partie de l’autre. Faire le portrait de l’autre dans ces conditions requiert systématiquement de le nier pour survivre. S’effacer derrière sa peinture. Si ce n’est pas conceptuel, c’est en tout cas bien loin de la réalité que je tente de toucher car mon point de vue ne m’intéresse plus, il n’est pas le mien : il est celui que l’on m’a éduqué à adopter. J’ai besoin de l’autre, de la réalité qui nous unis pour reprendre corps, mon véritable corps, celui que j’emplie librement. Etre ainsi, autorise l’autre à être pleinement.
Je proposerai, ainsi, en lieu et place de la comptine « ma liberté s’arrête, là où celle de l’autre commence » comme une pure propagande à l’initiation de l’idiotie humaine, une action qui met corps à corps deux vérités, deux entités, deux points de vu libres, dans un même espace. L’harmonie naitra dans l’œil de celui qui accompagnera cette action de ses sens, de son émotion, de son raisonnement afin de ne plus venir se servir de la peinture, mais qui viendra servir cette dernière, pour recevoir l’autre comme il est, pas seulement comme on à le besoin de le percevoir.
Je ne crois pas que la solution à l’autoritarisme même plus voilé de nos éducateurs, soit d’incarner un Anonymous Corpus. Le concept c’est ce qui nous a permis de sortir du monde rationalisé par l’émotion, le système a su acheter cette façon de bouger les choses afin de fixer, de nouveau, les éléments gouvernants.
Je pense qu’il faut désormais incarner les concepts.
Est ce toujours un oxymore ?

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La série « Je suis une pute » toujours en cours c’est qui c’est quoi ?

JE SUIS UNE PUTE
SÉRIE PARTICIPATIVE (2016-?)
QUI A POUR SUJET LE COLLECTIONNEUR DE L’OEUVRE D’ART.

Une série de figures autoportrait à l’huile sur lin est réalisée sur différents formats à partir d’une photographie unique.
Sur la surface peinte de chaque toile, sont inscrites dorées ou peintes, les indications normalement annotées au dos ou dans d’autres registres : le numéro de la toile, le titre de la série, l’année de fabrication, la technique, le format, suivi de la signature et du lieu de réalisation.
Les acheteurs trouveront avec la toile :
-Un certificat d’authenticité.
-Une partie du texte manuscrit (réparti entre toutes les toiles de la série) questionnant le « je suis une pute ».
-Une proposition pour continuer cette recherche.
Si le collectionneur accepte, il est invité à poser pour un portrait photographique qui va servir de modèle pour réaliser une deuxième peinture de format identique et recouvert des inscriptions relatives à la série.
Il devra fournir, pour ce nouveau châssis, un texte manuscrit expliquant sa relation au titre.
Il s’engage à vendre cette nouvelle toile, et il est libre de m’affranchir en gardant l’argent ou de nous proposer une nouvelle organisation dans ce système. (Mac/Pute/Client(MDA/Artiste/Collectionneur(Etat/Société/Consommateur).
L’achat s’effectuera avec un nouveau mode de paiement, permettant à tous de pouvoir participer à cette série.

Un artiste ?
Pascal Poot

Un auteur ?
Pedro Opéka

Un mot ?
Гармония

 

alternatif-art est un portail d'informations pour les artistes. Fondé en 2007 par Julie Perin et Christophe Cochart.

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