Tirage jet d’encre, contre-collé aluminiun, sous plexiglas, avec châssis rentrant en aluminiun,  2012, France

L'artiste Wenjue Zhang née en Chine en 1982 propose un travail sur la question de l'identité, le corps féminin et plus précisément la question raciale.
Photographe, performeuse, Wenjue Zhang a de multiples facettes lorsqu'elle se met en scène. Son corps, outil premier de son travail devient un champ d'expérimentation polymorphe, métamorphosé et théâtralisé.

Accessoires, codes sociaux, postures, voire mascarade, vous passez d'une peau à l'autre, d'une séquence à l'autre, tel un story-board dont vous êtes le cœur et le lien malgré les différences ethniques mises en avant.

 

Julie Perin : Wenjue Zhang dans votre travail, quelles sont pour vous les nuances entre a question d'identité et raciale ?
Wenjue ZhangD'abord, je ne pense pas que la notion de « race » existe. « Le concept de« race »a été appliqué à partir du XIXe siècle pour distinguer des groupes humains selon des critères arbitraires (religion, nationalité, couleur de la peau, origine géographique...).» Ces dernières décennies, les psychologues et les sociologues ont affirmé que la classification des peuples dans les catégories Asiatiques, Noirs, Blancs, n'a aucun fondement scientifique et biologique. Le concept de «race» est une construction politique et occidentale qui est lié à la domination masculine blanche pour maintenir la supériorité de la « race blanche».
Dans mon travail, je m'intéresse beaucoup à l'apparence qui est liée à la question raciale. Je considère le concept d'identité, comme une performativité, quelle soit culturelle, sexuelle ou raciale. L'apparence ne dit jamais ce que l'on a à l'intérieur. Je peux être une asiatique en l'apparence mais africaine à l'intérieur, ou femme en apparence mais homme à l'intérieur...

JP : La question du genre est elle au centre de vos préoccupations artistiques ?
WZ : Evidemment la question du genre est ainsi au centre de mon engagement artistique.
La question du genre est la même que la question raciale. Le concept de genre ne renvoie pas à la matérialité du corps ou à la sexualité. Le genre ne correspond pas forcément au sexe biologique (masculin ou féminin), mais un élément constitutif de rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes. Loin du phénomène naturel, le genre est un ensemble d'inscription culturelle, sociale, politique, économique ainsi que la relation de pouvoir y est articulée. Par conséquent, le terme « genre » est comme le terme« race », une conception socialement et politiquement construite.
Le corps féminin est longtemps considéré comme l'objet du regard masculin. Dans mon travail, je me concentre sur le détournement de ce regard. Mon rôle ici performe « une image parfaite féminine » selon le désir masculin, le regard actif est instrumentalisé, détourné vers le plaisir autoérotique de l'artiste-performeuse.

enjue ZHANG, My body, Photo Installation, 260×70 cm, France 2009

JP : La notion de territoire est elle liée selon vous à celle de l'identité ?
WZ : Non je ne pense pas. La notion de territoire implique le sens des frontières, des limites ou encore du nationalisme. Mais le concept de mon travail est au contraire justement. Je performe la blanche, l'arabe, la noire, l'asiatique, Olympia noire, showgirl etc. Je suis ce que je performe-« les autres ». Grâce à cette identité performative, je n'ai jamais une identité stable et fixe façonnant mon corps comme une imitation sans originale, construisant une identité mouvante par delà du dualisme des identités sexuelles, raciales et hiérarchique...
Les femmes sont multiples, le féminisme soulève aussi des problématiques liées au nationalisme et au racisme. Aujourd'hui la lutte féministe devrait prendre la position contre le féminisme nationaliste et surtout incarner un féminisme révolutionnaire internationaliste.
Les mots de Virginia Woolf me revient : « En tant que femme, je n'ai pas de pays. En tat que femme, je ne désire aucun pays. Mon pays à moi, femme, c'est le monde entier. »

Wenjue ZHANG, I want to be your mirror, performance II, 2m43, France, 2010

JP : Pourquoi vous mettre vous-même en scène ?
WZ : Ma première œuvre I want to be your mirror était un travail autobiographique, des expériences vécues dans ma vie, sont devenues naturellement elles mêmes des œuvres d'art. Etre une artiste n'est pas un choix personnel, mais plutôt un besoin.
Depuis presque dix ans, je vis en Europe qui est d'ailleurs culturellement très différente de mon pays d'origine. Cela n'a cessé de me poser une question : « Qui suis-je ? » Cette recherche et l'analyse profonde du soi est ainsi une nécessité humaniste. Donc, avec cette question j'ai commencé mes premiers pas vers le monde de l'art. Inspirée des expériences quotidiennes et des recherches, cette question s'étend plus généralement aux questions « genrées » et raciales, une position plus stable et universelle.

C'est à travers des autoportraits que je concrétise mon positionnement d'artiste. Un autoportrait est une estime de soi, une auto-contemplation, une auto-analyse profonde et une auto-création, afin de tenter de comprendre ce qui demeure du moi. Cependant, le « vrai » moi authentique et unitaire n'existe pas, ce moi est construit par divers éléments, en réalité il n'a jamais cessé d'être et de devenir.

JP : Comment définiriez- vous votre rapport au corps dans votre œuvre ?
WZ : Comme vous voyez, le déguisement est très présent dans mes pratiques artistiques. Le corps pour moi, est le premier champ d'expérimentation, un objet de l'art. Grâce à ce corps, j'existe et que je vis avec mon art.

A second Me est mon nouveau projet en cours, la première photo que j'ai réalisée, existe en tant que mon « statement » d'artiste. Le corps ici est engagé dans des démarches artistiques, prêt à se modeler, à se déguiser, à se performer ou encore vivre sous toutes les identités possibles. Le corps est d'abord une expérience et puis il devient l'art-même. C'est comme la vie.

JP : Un titre de livre ?
WZ : La pensée straight de Monique Witting.

JPUn artiste ?
WZ : Adrian Piper

JP : Vous en un mot ?
WZUne phrase m'avait marquée pendant une conférence en Roumanie l'an dernier : « Une oeuvre d'art réussit, quelque soit sa forme, belle ou amusante, a toujours une position politique. »


Le site de Wenjue Zhang : http://cargocollective.com/wenjuezhang

 

alternatif-art est un portail d'informations pour les artistes. Fondé en 2007 par Julie Perin et Christophe Cochart.

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