Tout bouge chez Marion Fayolle.

Les mots, les traits, les courbes, les couleurs, les personnages, les objets rien n'est laissé au hasard, rien n'échappe au regard.
Un monde en mouvement qui vous attrape au vol dans une histoire qui est sienne et dont elle fait notre.
Qui n'a jamais d'une pierre acérée, d'une blessure, d'une émotion, d'un être familier, d'un bout de corps fait une incroyable histoire visuelle où le mot et le dessin viennent vous percuter.

Marion Fayolle a cet univers exceptionnel où réalité et fiction se donnent sans concession et compromis aux spectateurs.
Elle n'épargne aucun d'entre nous sous ses allures enfantines voire naïves et comme des marionnettes elle nous balade, nous concocte un menu appétissant qui par moment peut être indigeste aussi.

Ses dessins sont de subtiles mises en bouche, un sacré plat de résistance, des gourmandises acidulées, un café amer, une eau pétillante.
Elle aborde sans complexe, la sexualité, le jeu, l'érotisme, la famille, l'actualité, la condition humaine.
Elle joue et se joue de nous avec humour, violence parfois, légèreté aussi.

Marion Fayolle est une observatrice de la vie, de son rythme, elle en pointe sans scrupule le détail et nous en offre des tranches, des planches.


Julie Perin : Comment êtes vous arrivez dans l'univers du dessin, de l'illustration ?
Marion FayolleJ'ai toujours beaucoup aimé dessiner et écrire mais c'est pendant mes études aux arts décoratifs de Strasbourg que j'ai commencé à vraiment m'intéresser à l'illustration et aux livres. C'est pendant cette période que j'ai essayé d'explorer les nombreuses possibilités narratives du dessin et que j'ai tenté de développer petit à petit ma propre façon de m'exprimer avec des images, des mots, des pages.

JP : Selon vous, à quel public s'adressent vos livres ?
MF : Je ne me pose pas vraiment cette question. En général, je fais un livre parce que j'en éprouve le besoin.
Je crois que mes livres peuvent s'adresser à toutes les personnes qui ont la curiosité de s'y intéresser. En fait, j'accorde une grande confiance en l'intelligence des lecteurs et je ne cherche pas à les prendre par la main. Certains de mes ouvrages se trouvent dans les rayons jeunesse, d'autres dans ceux de bande dessinée. Leurs places diffèrent parfois en fonction des librairies et c'est ce que je trouve intéressant.

JP : Que pouvez-vous nous dire sur votre dernier ouvrage Les coquins ?
MF : Il s'agit d'un petit recueil de dessins érotiques et surréalistes. J'ai réalisé les premières illustrations pour la revue de bande dessinée et d'illustration Nyctalope (dont je m'occupe avec Simon Roussin et Matthias Malingrëy). Je trouvais amusant de créer des images dans lesquelles les sexes se transforment en animaux, en nourriture, en objets, en végétaux. Ainsi, j'ai commencé par faire des listes : A quoi pourrait ressembler un pénis ? Qu'est ce qui pourrait-être rond comme des seins ? Au fur et à mesure, les éléments se sont assemblés, croisés et ont créé du sens.
J'avais, par exemple, noté qu'un pénis pouvait ressembler à une fusée et plus loin, j'avais rapproché la forme des fesses à celle de la lune. Il ne me manquait plus qu'à assembler ces deux idées pour faire naître une illustration étonnante. C'est comme ça que c'est construit ce petit recueil à cacher dans la poche de sa veste.

JP : La presse, le textile, que retenez-vous de ces expériences professionnelles ?
MF : Parallèlement à mes livres, je travaille régulièrement pour la presse. Je crois que ces deux activités sont complémentaires. Mes projets me prennent énormément de temps, je les crée avec une liberté totale. Les dessins qui me sont commandés par la presse doivent être exécutés en quelques heures ou quelques jours et je dois mettre mon univers au service d'un journal. C'est très différent. Dans un cas, je travaille pour moi, dans l'autre, je réponds à des directives. J'arrive néanmoins à trouver un bon équilibre entre les deux. Parfois certains dessins réalisés pour la presse vont plus tard être développés dans un de mes livres. D'autres fois, les directeurs artistiques vont me confier des articles faisant écho au sujet d'un de mes propres projets.

L'an dernier, j'ai eu la chance de collaborer avec la marque de vêtements Cotélac. Raphaëlle Cavalli m'a laissé une immense liberté et nous avons élaboré ensemble une collection de huit pièces. J'ai adoré travaillé pour le textile et ça m'a donné plein d'envies pour la suite.

JP : Vos projets à venir ?
MF : Actuellement, je travaille sur un prochain livre. Je l'ai commencé il y a un an déjà mais il s'agit d'un projet assez ambitieux et je prends le temps de vraiment l'aboutir. Ce sera une sorte de comédie musicale sous forme de livre. Mes personnages dansent, chantent, font de la musique. C'est assez compliqué à mettre en place parce qu'il y a un gros travail d'écriture et de mise en scène. Je ne peux pas en dire davantage pour le moment.

JP : Vous en un mot ?
MF : Sensible

JP : Un livre ?
MF : Clair de femme, Romain Gary

JP : Un artiste ?
MF : Roland Topor

Visitez le site de Marion Fayolle : http://cargocollective.com/marionfayolle

alternatif-art est un portail d'informations pour les artistes. Fondé en 2007 par Julie Perin et Christophe Cochart.

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