Exposition : Animalité, Espace d'art Chaillioux

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Catégorie
Expositions
Date
2020-02-19 00:00
Lieu
Espace d'art Chaillioux - 7 rue Louise Bourgeois – 94260 FRESNES

Les rapports, conflictuels ou apaisés, entre l’homme et l’animal sont aussi vieux que l’humanité. En témoignent les peintures pariétales de la préhistoire, les mythes des religions de l’ancienne Égypte et de la Grèce antique, la métempsychose de l’hindouisme, les écrits d’Ovide, les fables d’Ésope et de La Fontaine, la figure du Minotaure chez Picasso... pour ne citer que quelques exemples au fil des millénaires.

L’objectif de cette exposition n’est pas de faire un inventaire des relations entre l’homme et l’animal – ce qui nécessiterait des moyens et un espace infiniment plus grand que ceux de l’Espace d’art Chaillioux – mais, à travers les travaux de huit plasticiens, d’illustrer comment cette thématique reste très présente dans la création plastique contemporaine : métamorphoses, cruauté envers les animaux, ensauvagement de l’humain, répulsion et attraction de la fourrure, plongée psychanalytique, ambiguïtés, hybridations, cycle de la vie, totémisation... Il ne s’agit pas, ici, de traiter de la bestialité, mais de sonder la part d’animalité qui sommeille en chacun de nous.

* * *

Sous le pseudonyme 1011 se dissimule une artiste grenobloise qui, dans sa série Pouvoir d’achat, met en avant le cynisme, l’obscénité et l’absurdité de l’étiquetage des barquettes de viande dans les rayonnages des supermarchés, un peu partout dans le monde. Elle les reproduit à l’identique, aux crayons de couleur, avec un réalisme distancié. Cependant, la représentation de l’animal vivant figuré dans un environnement idyllique, idéalisé comme des illustrations de livres de contes enfantins, n’arrive pas à masquer la réalité de la cruauté du processus d’abattage et de découpage de ces viandes offertes à notre appétit. Bien plus qu’un long réquisitoire, ce court-circuit fulgurant met le spectateur en face de sa responsabilité, directe ou indirecte, dans l’inhumanité des traitements réservés à l’animalité. Il en résulte une forme de nausée... salutaire ou non ? Preuve, s’il en fallait encore, que, dans la relation entre l’homme et la bête, la bestialité n’est pas du côté de l’animal...

Claire Barbier est une multipraticienne. Musicienne composant, non sans talent, des chansons qu’elle interprète elle-même, chanteuse et trompettiste dans un cirque ambulant, elle est aussi une plasticienne rompue à un grand nombre de techniques : modelage, céramique, thermoformage, soufflage du verre, forge, travail du métal, dinanderie, taille de pierre, moulage, photographie... Un tel spectre de compétences pourrait faire craindre un certain éclectisme. Il n’en est rien. Son travail affiche une remarquable cohérence. Selon ses propres mots, elle travaille sur l’animalité et l’ensauvagement depuis plusieurs années. Ses œuvres prennent la forme de modernes relectures des métamorphoses ovidiennes ou de mythes antiques qui hantent notre culture occidentale depuis des millénaires. C’est donc à une sorte d’intrusion, comme par effraction, dans l’inconscient collectif que Claire Barbier nous convie. Elle joue ainsi le rôle d’un très bachelardien sismographe des états d’âme mais aussi des fantasmes de notre société, tiraillée entre animalité et humanité.

Laure Boin dessine. Elle dessine des corps humains nus dont les têtes sont remplacées par celles d’animaux : chiens, poules, perruches, lionnes, loups, gazelles, sangliers, moutons... L’artiste s’exprime : « Un jour je me suis dit : Les hommes sont tous des chiens ! Je me suis vite rendue compte que nous avons tous nos animaux totem, que les chiens sont des êtres fort sympathiques et que notre part d’animalité s’impose... Depuis, quelques bêtes sont venues poser dans mon salon. Je les travaille à la mine de plomb ou au stylo à bille et pose des milliers de petits traits, tantôt poils, pores ou plumes, sur des grands formats. J’aime l’idée du lieu unique pour ce travail, en tant que partie intime sédentaire, visitée de temps à autre par des proches. »

L’univers de Danielle Burgart est peuplé de corps placés dans des environnements insolites et dérangeants qui font penser à ceux des œuvres de Paul Delvaux ou de Max Ernst. Ses personnages, mi humains mi animaux, solidement modelés par des ombres et des lumières, sont figés en plein mouvement, muscles tendus. Inexpressifs, ils ne sont plus que des sortes de résidus visibles de l’être, seuls moyens de communication et de relation avec leurs semblables. Paradoxalement, ces corps sans identité précise se muent en champs de pure expression, dépassant largement leurs limites. La tension suggère une violence latente, prête à exploser, mais sans volonté destructrice. Il s’agit, en quelque sorte, de la matérialisation de la part d’animalité ou d’inhumanité qui réside en chaque être et qui cherche à se dissoudre dans la sensualité de son environnement. Une sorte de rébellion intérieure concrétisée par la seule posture du corps, mais sans personnalisation ni psychologisation. Une métaphore de notre humanité.

Sylvie Houriez prend pour matière première des pièces d’habillement. Elle a longtemps exploité des sous-vêtements féminins de couleur chair. Plus récemment, dans sa série des Trophées, elle utilise des manteaux ou des étoles en fourrure naturelle récupérés dans des brocantes ou des braderies. Elle s’empare de ces peaux, deux fois abandonnées par leurs occupants successifs – l’animal tué et dépecé, puis la femme propriétaire du vêtement abandonné –, les découpe, les plie, les coud et les détourne pour produire des figures improbables à l’aspect insolite, dérangeant. Ce sont des effigies étranges qui peuvent évoquer la statuaire extra-européenne ou des figures d’animaux cauchemardesques. Ces œuvres se présentent comme d’évidentes métaphores de la peau humaine, mais d’une enveloppe corporelle deux fois vidée de son contenu et déviée de sa finalité, de sa raison d’être. On y constate un va-et-vient entre l’animal et l’humain, dans une forme de retour aux sources qui raterait son objectif, transformant, par exemple, une peau de renard en masque de ouistiti, après un passage par un rôle utilitaire de manteau. Les œuvres résultantes sont dans un état d’instabilité permanente, oscillant entre signifiant et signifié, entre construction et déconstruction, entre réalité et fiction. C’est ce qui leur confère un étrange don de fascination, mélange quasi magnétique d’attraction et de répulsion.

Depuis plusieurs années, Fabienne Houzé-Ricard dessine ou peint des nids et des oiseaux morts. Les deux extrémités d’un cycle de vie... Ses nids, souvent de couleur rouge, comme pour exprimer les affres d’une tragédie en devenir, sont souvent de très grandes dimensions, résultant de gestes, quasi obsessionnels, de tressage et de tuilage qui rappellent ceux de l’oiseau construisant son chez-soi. On peut voir, dans cette lente stratification de lignes ou de petites surfaces créant un volume creux en réserve, une métaphore du processus mémoriel. Mais aussi de la lente élaboration de la personnalité et de l’identité, aussi diversifiées d’un individu à l’autre que le sont les formes et les structures des différents nids que l’artiste nous propose. Sans passer par les phases de la ponte, de l’éclosion, du premier envol, de la conquête des airs, des accouplements, Fabienne Houzé-Ricard enchaîne directement avec les oiseaux morts. Peut-être tombés du nid ? Comme les hommes chutant du sommet de leurs illusions ? Dans une forme de pudeur, les oiseaux morts sont présentés de dos, le bec et les yeux cachés. Leurs rémiges et leurs plumes caudales sont déployées, à plat, comme sur une planche d’une encyclopédie zoologique, alors que leur corps refroidis présentent une courbure traduisant leur rigidité cadavérique. Une transposition ornithologique mais limpide du vanitas vanitatum omnia vanitas de l’Ecclésiaste...

Gilles Mazzufferi nous livre, dans ses dessins et dans ses peintures, des images, parfois empruntées à la mythologie, plus souvent à des archétypes ou à l’inconscient collectif, mêlant humanité et animalité. Chacune de ses compositions se présente ainsi comme un système symbolique figurant un imaginaire possible en tant que totalité non réductible, selon les propres mots de l’artiste. Derrière ses images, toujours percutantes, Gilles Mazzufferi nous donne accès à quelque chose de plus essentiel : la conscience collective et sa charge d’inconscient. Elles matérialisent ainsi un désir commun, sublimé ou refoulé. La dialectique objet-image qu’il met en œuvre suscite un échange incessant entre le physique et le psychique, entre image imaginée et objet projeté, entre vouloir, plus ou moins contrarié, et imagination libérée. Plus généralement, les œuvres de Gilles Mazzufferi mettent en évidence de multiples oppositions : réalité ancrée et fiction improbable, mythe et vécu personnel, clair et obscur, mouvement et stabilité, microcosme et macrocosme, conscient et inconscient, force et forme... Et c’est bien ceci qui en fait beaucoup plus que des images fascinantes ou divertissantes, des miroirs terrifiants de notre animalité ou de notre (in)humanité...

La pratique picturale de Julien Wolf s’inscrit dans la descendance d’un expressionnisme matiériste, peuplé de figues mi humaines mi animales, tour à tour burlesques et inquiétants. On peut penser notamment à Karel Appel, à Asger Jorn, à Corneille et aux autres protagonistes du mouvement CoBrA. Sa gamme chromatique reste globalement sourde, avec des éclats de rouges ou de jaunes qui focalisent le regard, concentrent l’attention du spectateur et la déstabilisent. Ce sont des sortes d’exutoires à une violence latente qui ne demande qu’à s’exprimer, à sauter à la gorge du regardeur pour l’engloutir dans le tourbillon de la farce grotesque et démesurée qui se déroule sur le plan de la toile, parfois laissée libre pour faciliter ce rapt visuel, cette prise d’otage sans espoir de retour. Il y a une évidente générosité, un plaisir féroce et communicatif dans l’acte de peindre des figures bien incarnées mais cependant ambiguës, avec certains éléments anatomiques exacerbés : dents, yeux, bouches, bras, nez... sans qu’il soit possible d’affirmer avec certitude ce qui relève de l’humain et ce qui appartient à l’animal... Celui qui sommeille en chacun d’entre nous.

 
 

Toutes les Dates

  • Du 2020-01-18 00:00 au 2020-02-29 00:00
    mardi, mercredi, jeudi, vendredi & samedi

edito revue ka 01

Le bruissement de l’intime

Pour cette première édition de la revue K.A, c’est tout en finesse que nous convoquons l’intime et invoquons l’érotisme. C’est dans la préciosité du secret, du toucher / voir, du non-dit que nous tentons d’entendre et de percevoir le bruissement de l’intime.

Écoutez ! Il est là.

À mi mot il se révèle. Telle une réalité profonde de la conscience gardée secrète. Une caresse, un souffle, une peau.

Lire la suite de l'édito...

alternatif-art est un portail d'informations pour les artistes. Fondé en 2007 par Julie Perin et Christophe Cochart.

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