Voici le deuxième extrait du carnet de voyage de Claire Chesnier lors de sa résidence d’artistes dans le cadre du Prix Yishu 8 2013 - Maison des Arts de Pékin.

 

 

 

© Claire Chesnier

 

Pékin - juillet-août 2013

 

Un serpent d’eau ondule dans la cour.

 

De l’eau déversée partout.

La pierre qui boit, la chaleur qui prend et transforme l’air en vapeur blanche.

 

Un miroir éphémère au sol.

Le gris tournant au noir.

Le vert qui rehausse tout étend son éclat à la matité de la ville pleine et bruyante.

---

 

© Claire Chesnier

 

 

Trouver le silence de la peinture et l’éloquence des matières et couleurs.

Le temps de la peinture n’est pas celui de la parole, non plus de la pensée.

Surtout pas celui de la communication.

C’est un temps suspendu à la mesure et au rythme encore inconnu de la couleur qui rêve à s’étendre.

Mais le jus ne vient que dans un temps creusé de silence.

Solitaire.

Définitivement.

Ce n’est pas une question de concentration mais l’attention à ce qui bruit de la surface, résonne de l’intérieur d’une étendue vaste, d’un rythme intime secrété par la couleur.

La transparence vient de la lumière, à demeure de l’ombre, du temps étiré de la peinture.

---

© Claire Chesnier

 

La ville remplie d’eau.

Une vasque vaseuse fait luire les liquides verts.

 

Les feuillages coulent

Le ciel dégouline sur les ombrelles renversées et les capes improvisées.

 

Un souffle d’air s’ouvre dans la moiteur serrée d’un été mouillé.

 

Le blanc demeure lumineux et se joue des trouées des branchages et des pierres.

 

La ville agitée habite en eau stagnante.

Tout s’écoule et fuit – et reste à terre.

La terre boit ce qu’elle peut et les orteils nus se couvrent de plastique.

Les surfaces cirées appellent à elles le lustre des feuilles – déversoir et récipient – plus vert demain sous le ciel dégagé.

 

Ce matin, la buée arrivait jusqu’au bord des paupières.

Elle se liquéfie à présent pour trouver la transparence au lendemain.

 

La condensation blanche se dépose en nappes liquides sur la pierre grise.

 

Et la terre qui boit ce qu’elle peut.

 

Le rouge brille aujourd’hui d’un autre éclat.

La chaleur tombée assourdit un peu le vermillon et polit le carmin.

Rouge de Chine - le vert et le gris délavés au sol.

Gris de Chine – un jus d’encre recouvre les façades et les toitures, les chemins improvisés soulevés de boue, les nappes troubles – une viscosité d’eau et de terre.

 

Claire Chesnier

Site Web - Facebook

Lire le premier extrait...

 

A NOTER : Des œuvres de Claire Chesnier seront présentées, par la Galerie Leornardo Agosti, durant Docks Art Fair à Lyon du 12 au 15 septembre 2013.